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Une photo : suite et continuité

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 8 juil. 2019
  • 5 min de lecture

Histoire de souvenir et de devenir.

Si tu n'as pas lu le début de cette histoire, arrête toi maintenant et file ici. -----

Et donc il y avait cette photo. Cette photo, dans mon livre, avec trois femmes qui souriaient un jour d’avril. Ce souvenir volé, trouvé, questionné. Cette étrange énigme que je pouvais jeter ou suivre. J’aime bien le hasard, j’aime bien les histoires. J’ai gardé la photo.

Et j’en ais soufflé un mot, par-ci, par-là. De toute façon, ça ne pouvait pas être loin. Un immeuble c’est petit comme univers. Assez petit, en vérité, pour qu’un début de réponse fut caché dans la chambre à côté de la mienne. B. savait qui avait déposé les livres. « C’est S. ! Tu sais ? La voisine du 5ème ! ». Non, je ne savais pas. Moi je connais tous les chats du coin, leur vie, leurs affinités et ce qu’ils ont à raconter. Les humains, c’est plutôt le truc de B.

Je lui ais montré la photo, il a regardé. Hoché la tête. C’était S. Plus jeune qu’aujourd’hui, mais c’était elle. La fille du milieu avec son long manteau blanc et son air fier. Et donc, elle habitait au 5ème, j’ai demandé. Et oui, elle habitait tout là-haut et même que si je voulais, B pouvait m’y emmener. Ce n’était pas très compliqué : il suffisait de grimper dans l’ascenseur et d’appuyer sur un bouton. On y est allé.

Et S. n’était pas là. « On essayera une autre fois… ». Et on a réessayé. Et j’ai réessayé. J’ai pris l’ascenseur, j’ai appuyé sur le bouton. J’ai sonné à la porte. Aucune réponse. S est un fantôme. Une semi-légende. Je la porte dans ma poche, gravée sur une image, mais je ne parviens pas à percuter sa réalité. Je rêve pourtant de faire le lien, de la découvrir. De savoir.

Et puis il y a ce jour où j’entre dans le hall de l’immeuble. Et ça me frappe les rétines. Cette femme au téléphone, juste devant moi. Elle est… Je ne sais pas. Pas comme je l’imaginais. Et en même temps parfaitement en résonance avec ce que m’avait raconté son petit bout de passé. Dedans moi, ça se fige. Mes neurones court-circuitent. Je la dévisage et elle doit le percevoir, parce qu’elle pose à son tour ses yeux sur moi. J’ai du rougir. J’ai du bredouiller un bonjour. Puis j’ai filé ventre à terre jusqu’à mon appartement. Que faire ? Redescendre avec la photo ? La lui tendre ? Là, comme ça, alors qu’elle est au téléphone au milieu du hall d’entrée ? Je sors le morceau de papier, je tourne en rond dans mon salon, j’hésites… Je me dégonfle. Quelque part, j’ai sûrement aussi un peu envie de continuer à me raconter des histoires.

Pour la forme, je suis retournée le soir-même sonner au 5ème. Et personne n’a répondu. Comme toujours. J’ai croisé un esprit dans le hall. B. tout ça, ça le fait rire. Je ne sais jamais bien à combien de pourcent il comprend mes envolés romanesques et mes neurones qui pétillent face à de minuscules choses de la vie. En tout cas il accepte bien et ça reste dans un coin de sa tête.

Moi je laisse passer le temps. Je n’en ais plus pour S. Je jongle entre mon futur et mon présent. Le tout en brouillé. Qu’à cela ne tienne : le monde se charge d’organiser les choses pour moi. Un soir, je reçois un message de B. : «Demain, tu pourrais ouvrir à S., elle voudrait te donner ses clés pour que tu gardes son chat ».

Dans ma tête ça balbutie. Comment ça ? Elle vient ? Elle sait ? Et pourquoi… Son chat ? Bien sûr, B a du lui dire, pour moi et les chats. Et pour le reste ? « Elle sait que tu as quelque chose pour elle, elle est très curieuse de savoir quoi ». Je jubile. Je vais la voir ! Je vais la voir !

Et je l’ai vue. Elle a sonné à ma porte. Elle était là. Ce n’était ni un fantôme, ni un esprit. Une humaine. De la chaire et des os. Avec son parfum, sa respiration, le sang sous sa peau. Elle existe. Elle existe ! Est-ce qu’elle mesure ce qu’on a vécu elle et moi ? Je lui tends la photo. Elle s’exclame de surprise. De joie aussi. « Ooooh c’est la photo avec tantine ! ». La femme de gauche. Et à droite ? Sa cousine. Elle rit. M’explique qu’elles revenaient en France après un voyage dans un pays de l’est. Elles auraient du prendre l’avion mais, elle ne sait plus pourquoi, elles se sont retrouvées à prendre ce train. Ses yeux caressent la photo. « Le temps passe si vite… ». Soudain elle revoit des choses auxquelles elle n’avait plus songé depuis longtemps, je peux le sentir. Et ça me fait plaisir d’avoir gardé tout ça pour elle. Son doigt tapote le papier. Elle rit : «olala, je portais déjà mes randjos ! Décidément, on ne change pas une équipe qui gagne ». Décidément, non. Mais sans doute a-t-elle oublié qu’elle est encore un peu de cette fille au milieu. Cette fille qui sourit et qui a l’air si fière.

Mais allons bon ! Que je vienne donc là-haut ! Elle m’entraîne dans son univers. Tout en haut de l’immeuble, l’appartement a un goût que j’apprécie. Il y a là du rock, de la littérature, de l’amour pour les choses simples et pour l’humain. Un homme prépare à manger. C’est son mari, m’apprend-elle avant de lui montrer la photo en souriant comme une gamine malgré sa quarantaine. J’aime son énergie. Elle est simple et vive. Vraie.

Elle se tourne vers moi, m’explique que son chat a trois pattes, qu’il est très timide et que je ne devrais pas avoir de problèmes avec lui. Je n’en doute pas. Et j’ai hâte de le voir, lui aussi. Le mari de S. m’explique qu’ils partent en Crête et que, en échange de mes services, ils me rapporteront de l’huile d’olive. Un rire se glisse dans ma gorge. Il ne sait pas, c’est certain. Il ne sait pas que je ne fais que suivre l’histoire et que je me sens déjà récompensée. Pour peu que j’ai besoin d’une quelconque récompense pour veiller sur un petit être ronronnant, ce dont je doute.

Et ainsi, voilà. S. accroche la photo au miroir de l’entrée. Et moi je savoure l’existence et ses hasards. Il y a quelques mois je trouvais une photo avec trois inconnues. Aujourd’hui, je vais garder l’animal de compagnie de celle du milieu, dont je sais désormais qu’elle s’appelle S., qu’elle dit des mots comme « tantine » et qu’elle sourit toujours aussi franchement qu’en ce mois d’avril 2004.

Oh et… Vous savez cet appartement du 5ème étage ? Il donne sur une terrasse qui prend près de la moitié du toit de l’immeuble. Une terrasse recouverte de plantes et de lumières qui s’allument le soir venu. Il y a comme un air de paradis sur cette terrasse, un petit goût de merveilleux et de rêve. S. a insisté : « n’hésites pas à venir là pour lire pendant que tu gardes Junior, vraiment ! Fais-toi plaisir ! ».

Je l’ais prise au mot.

Hier j’ai découvert que de nuit on voit la tour Eiffel depuis la terrasse.



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