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Lettre de non-excuse

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 13 mai 2019
  • 5 min de lecture

Mise au point d'état d'esprit.


C’est la semoule dans ma tête, je vous promet pas de raconter des choses très claires. Mais faut qu’on parle. Ces dernières semaines, j’ai reçu pas mal de messages inquiets quant à mon état. D’inconnu.e.s. De connaissances. Et de proches. Tous ces mots suite à mes articles. Et même si j’aime bien qu’on prenne soin de moi, ma réaction ça a été moitié surprise, moitié incompréhension. Saupoudré d’une délicieuse pointe d’agacement.

J’ai pris le temps d’y réfléchir, de digérer le tout et d’en extraire ce que je parviens à en déduire. C’est pas exhaustif. C’est à chaud. Et c’est pas encore exactement totalement net dans ma caboche. Mais on va essayer d’organiser le tout.

Ce qu’il se passe, je crois, c’est une fracture entre ce qu’on pense des esprits en déraillage et leur réalité. Quand on écrit en noir, quand on évoque la souffrance interne dans les tripes, les autres se disent « oula, c’est le fond du trou ! ». Beh ouais, si tu vas pas bien, t’es forcément au fond de ton lit, au bord de te trancher les veines, à deux doigts de l’hospice. La maladie mentale c’est ça. Parce que c’est ce qu’on te montre dans les livres et dans les films. C’est obligatoirement spectaculaire.

Well… Non. Vous pouvez vous rassurer, en vrai de mon côté ça va. Et dans ça va, je n’entends pas « tout roule ». Mais que, globalement, la plupart du temps, c’est pas trop le bordel. Mais est-ce que ça veut dire que je n’ais plus mal ? Non. Parce que c’est là que ça coince : la souffrance, c’est pas toujours en intense, en vif, en brûlant. Très souvent, en fait, c’est lattant. C’est là mais en toile de fond. On parvient à respirer avec. On parvient à vivre avec.

Potentiellement, c’est une pensée effrayante. Mais terriblement vraie : on peut vivre comme ça. En boitant de l’âme. On apprend en fait. Encore heureux, peut-être. Je ne sais pas. Mais on apprend. Parce que pas le choix. Parce que à partir du moment où tu choisis de continuer à exister, tu essayes de faire en sorte d’avancer, tant bien que mal. Et tu fais des hauts et des bas, plus ou moins prononcés. Un jour ça ira, le lendemain c’est la chute libre dans tes enfers. La plupart du temps c’est l’un et l’autre, en même temps. Surprise. Oui on peut avoir mal et ressentir de la joie en même temps. Et non ça n’a rien à voir avec le BDSM. C’est juste que l’être humain c’est complexe et que c’est jamais en tout noir ou tout blanc.

Je n’ais pas connu un seul jour de mon existence sans un sourire. Pas un seul. Même à me tordre, à avoir mal à me demander si j’avais envie de continuer, j’ai toujours trouvé du bonheur à noter sur mon carnet. Parce que je suis une grosse amoureuse de la vie. Je suis une vraie gosse, qui s’extasie toujours du lever et du coucher du soleil. Je peux passer des heures allongée le nez contre le pelage de ma panthère de poche. Juste ça : respirer son pelage, écouter son ronronnement. Et c’est suffisant. Suffisant pour me remplir de chaleur. Et il y a l’herbe, le vent, la musique, les livres, les gens qui comptent, l’art, les animaux, les bons repas, l’eau chaude, les découvertes, les actes créateurs, les échanges qui font vibrer, la couette confortable, les choses drôles et absurdes… Je pourrais pas tout lister, c’est trop grand. Mais c’est pour donner une idée de tout ce qui est bien, tout le temps bien. En tout cas pour moi.

Du coup, on en est là : je suis mi-joie, mi-souffrance. Plus ou moins l’un ou l’autre, l’un et l’autre. En interconnecté ou non, c’est suivant. Et c’est là qu’on met pleinement le doigt sur ce qui dérange vraiment : les maladies et les troubles mentaux, ce n’est aucunement simple. Il suffit pas de soudainement se lever un matin pour que ça parte. Et ce n’est pas parce qu’on s’est levée, qu’on est posée à Paris, qu’on fait des demandes en master, que ce n’est plus là. Et oui ça fait chier. Mais franchement, si tout roulait parfait, vous croyez que je me taperais des médocs et de la thérapie ? A 23 piges, j’ai 200 000 autres trucs plus intéressants à faire que de gober des pilules qui me niquent la mémoire. Donc bien sûr que si je continue c’est pour une bonne raison et pas pour l’éclate. Mais ça, c’est facile à oublier. C’est ce qui frappe quand je balance mes textes. La réalité en pleine poire.

Est-ce que je suis désolée d’écrire ce que j’écris ? Est-ce que je suis désolée de ne pas nuancer mes propos ? Non. Vraiment, non. Je n’ais pas envie de jouer la bonne malade qui redonne le sourire. Je n’ais pas non plus envie de parler du bonheur parce que le bonheur il est partout sur tous les réseaux. On en bouffe à la pelle du bonheur. Et pendant ce temps-là, y en a qui te balancent « non mais c’est simple, tu te prends trop la tête ». Ah ouais ? Bizarrement ça vous fait bien redescendre quand je vous balance ce qu’il y a vraiment en moi. Et ça, c’est le signe que c’est exactement ce dont il faut parler. Là, en plein dans ce qui dérange et fait peur. Parce ce que c’est exactement à cet endroit que peut se faire le témoignage, la sensibilisation et la revendication.

Et quand tu en as bavé. Quand tu t’en ais pris plein la gueule. Quand tu croises sans cesse des bibous perdu.e.s qui ont besoin d’aide… Eh bah ouais, tout ça, ça sonne plus important que de protéger tout le monde. Y en a marre de protéger. Il faut dire. Dire pour être entendu. Dire pour obtenir enfin la prévention, l’aide et l’aménagement qui sont nécessaires pour que les personnes comme moi puissent vivre en galérant le moins possible. Vivre décemment en fait.

Et moi j’ai cette chance : j’arrive à formuler. Pas tout. Personne n’a jamais lu le plus sombre. Il y a des choses que je n’arrive pas encore à dire. Parce que même pour moi c’est trop dur, je n’arrive pas à les regarder. Pas encore. Tous ces moments où je n’étais pas là, où je ne publiais rien. Ils sont encore silence. Mais le reste je peux. Alors je me gêne pas. J’y vais franco, cash, je dégueule. Et si ça dérange tant mieux. Et si ça fait peur tant mieux. Parce que je ne suis pas là pour vous laisser indifférent.e.s. Je suis là pour vous forcer à regarder là où vous n’avez pas envie de voir.

Mais ce qu’il en faut en conclure, c’est pas que je suis en down. Oula non. Ce qu’il faut en conclure, c’est que ce dont je parle, c’est une réalité vécue et quotidienne. C’est ma vie. Et si cette vie vous effraie, si elle vous touche, si elle fait écho, alors il est temps d’entrer dans ce que vous pouvez faire. C’est-à-dire, non pas vous inquiéter pour moi qui ais l’incroyable chance d’être entourée de personnes qui m’aiment et me soutiennent. Mais bien vous éduquer à la question. Apprendre à avoir les bons réflexes avec les personnes que vous, vous aimez, et qui peut-être sont comme moi à marcher de biais. Partager aussi. Donner de l’espace à cette parole, qui n’est pas que la mienne. Et œuvrer, à votre échelle, pour que le silence soit remplacé par de la reconnaissance. Et que de cette reconnaissance naisse un accompagnement plus adéquat, qui soulage. Et qui, au bout du bout, ne soignera pas tout, mais rendra plus viable une existence dans une société qui, pour l’instant, a clairement tendance à faire la sourde oreille.

La Hobbit masquée

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