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Psychopholies

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 24 juil. 2019
  • 6 min de lecture

Mise au point sur la honte et la décence

Kandinsky, Composition VII

C’était hier soir sur Twitter, sous un tweet parlant de Greta Thunberg. Quelqu’un, encore une fois, a critiqué son autisme. Une autre personne a répondu qu’elle était autiste et bien dans sa peau. Et un troisième quelqu’un a répondu à cette personne qu’elle devrait avoir honte d’afficher ainsi son état et que la décence exigeait qu’on ne parle jamais ouvertement du fait qu’on est concerné.e par une maladie psy.

Lire ça, ça m’a fait mal. Genre vraiment mal. Et en même temps, ça a fait comme du feu glacé et furieux sous ma peau. Je me suis rappelée le silence. Je me suis rappelée la peur. Je me suis rappelée les derniers mois à faire des dossiers pour des masters et à camoufler mon année en Nouvelle-Zélande écourtée par mon état de santé psy. Je me suis rappelée ces moments, au travail, où j’éludais toute une partie de ma vie pour que personne ne sache. Je me suis rappelée la crainte pour mon avenir pro. Je me suis rappelée les mensonges, les vérités modifiées, les non-dits. Je me suis rappelée la solitude.

J’ai un trouble anxieux. J’ai fait deux burn outs dans ma vie. Je suis diagnostiquée haut-potentiel et je vie également avec un trouble du comportement alimentaire. Autrement dit, je fais parti de la vaste famille des personnes qui ont pas le cerveau branché comme celui de « tout le monde ». Et je peux vous dire que globalement, au début, ça a été très très difficile à accepter. Surtout quand on m’a dit que je ferais bien d’aller voir un psychiatre. Surtout quand j’ai compris que j’allais sûrement prendre des antidépresseurs pour un bon moment. Parce que merde… C’est les fous qui font ça, non ? C’est les personnes chtarbées, dangereuses, malsaines, pétées de la caisse ? C’est celles qu’on enferme à double tour dans une camisole de force ? Non ? Non ?

A la vérité, je ne savais pas. Moi ça a pas été tout de suite, alors le regard condescendant sur les trucs de la caboche, je l’ai eu. J’ai pensé de personnes en dépression que « il leur suffirait de se bouger un peu ». J’ai pensé de personne faisant des crises d’angoisses qu’elles « surjouaient quand même beaucoup ». J’avais pleins d’à priori, pleins d’idées préconçues, pleins de jugements emmagasinés. Et puis bah... Ahah, ça m’est tombé dessus en fait. Et je me suis retrouvée bien bête.

Parce que ce qu’on apprend, c’est que les maladies, les troubles et les différences neurologiques, tout ça, c’est viable. Qu’on est pas pour autant des sous-merdes et encore moins des humains étranges et dangereux. Pour la plupart, avec le traitement adéquat, on peut parfaitement avoir une vie posée. On existe avec des capacités plus ou moins limitées mais gérables et notre situation n’est pas différente de celle de personnes ayant des maladies chroniques diverses et variées. En fait, on est même quelque part un peu la norme. Parce que quand on creuse un peu, juste un peu, on est tellement nombreu.se.s. Et on fait notre vie. Et souvent, on parvient même à s’arranger pour que ça ne se voit pas.

Mais en fait, pourquoi s’arranger pour que ça ne se sache pas ? Pourquoi se cacher ? Pourquoi avoir honte ? Est-ce qu’on demanderait à quelqu’un ayant une incapacité physique récurrente ou une différence particulière de se cacher ? La vérité, c’est que le domaine des maladies psy (et autres) est entouré de tout un tas de mythes et de conneries intersidérales. La vérité c’est qu’on est desservis par une tonne de livres et de films qui nous montrent comme des dangers ambulants ou, au minimum, comme des personnes condamnées à finir dans une chambre blanche. La vérité, c'est que nous sommes le fruit d'une vision binaire dissociant corps et esprit, considérant que la tête ça se contrôle, point barre.

Alors forcément on se cache. On se cache pour avoir un emploi. On se cache pour faire des études. On se cache pour pouvoir relationner sans se sentir en danger. Et à se cacher, on joue le jeu. On laisse les choses se perpétuer. Et une tais une des choses les plus dures qui soient : la plupart de nos inconforts viennent souvent de la société elle-même.

Oui. Oui vous avez bien entendu. Le tabou sur le domaine psychologique c’est LA source première de nos souffrances. Parce que ça signifie qu’on ne va pas oser se faire prendre en charge. Que souvent nos prises en charges seront mal faites ou dangereuses pour nous. Qu’on ne va pas oser demander les aménagements nécessaires à notre santé. Que, bien souvent, on a pas vraiment droit à ces aménagement de toute façon. Vous voulez un exemple ? Le diagnostic de personne Haut Potentiel. Etre HP c’est littéralement se voir annoncer que « oui, vous êtes quelqu’un qui aura toujours du mal à s’adapter à la société, oui ça va vous faire galérer, oui ça va vous rendre malheureux.se et vous faire du mal, mais non, on ne vous proposera aucune aide spécifique parce que avec votre super intelligence vous allez bien vous en sortir seul.e. Allez, bisous. ». Ah bah ouais, merci. C’est sûr qu’avec ça, je vais pouvoir construire ma vie dans des conditions idéales, y a pas à dire. Et que dire, encore, de l'impact sur notre situation d'une société issue d'année de christianisme ? Le corps et l'âme, ça vous dit quelque chose ? Parce que personnellement, ça m'impacte tous les jours. Cette dissociation complète est à l'origine du mépris de notre condition alors même que la réalité est nettement plus compliquée. Corps et esprit, ça s'imbrique, ça se mélange, ça s'interconnecte. Non, nous ne sommes pas tout puissants. Non, on ne pas toujours choisir ce que l'on ressent et la façon dont nous pouvons y réagir. Non, nous ne pouvons pas décider de notre état mental et de notre état physique en claquant des doigts. Un autre exemple ? Le trouble anxieux généralisé, aussi appelé TAG. La bonne petite blague avec ce charmant soucis comportemental c'est que beaucoup d'études tendent à la démontrer comme en partie héréditaire et génétique. Mais bon, bien sûr, c'est dans ma tête hein. Autre point délicieux : l'angoisse s'exprime souvent par tout un tas de symptômes réels. Quand j'ai envie de vomir, j'ai vraiment envie de vomir. Quand j'ai la tête qui tourne, ce n'est pas mon imagination mais le fruit d'une hyperventilation activée par mon instinct de survie beaucoup trop motivé. Quand j'ai l'impression pressante que je dois fuir parce que sinon je vais crever, il s'agit d'un mécanisme de survie ancestral qui a permis à notre espèce de survivre. Le couac, c'est que le mien est mal réglé. Autant pour mes crises qui viendraient de ma tête (oui ma tête a un rôle là dedans, mais vous voyez que finalement pas que). En bref, nos états sont légitimes. Et ils le seraient même si ils ne venaient que de nos cervelles, mais l'argument m'importe parce qu'il prouve que non, nous n'inventons rien et nous ne saurions maîtriser ce qui ne peut l'être.

Il y a beaucoup à dire sur la psychophobie. Sur l’impact qu’elle a tous les niveaux de la vie. Et on est beaucoup à vivre ou à avoir vécu dans le silence. Parce que ne pas baisser la tête, c’est risquer du harcèlement, c’est perdre des opportunités en terme de travail et d’études, c’est choisir de galérer encore plus quand c’est déjà la galère, puisque, pour rappel, on ne reçoit majoritairement pas les aides nécessaires à notre santé.

Sauf que voilà, en fait on ne devrait pas avoir honte. En fait on devrait pouvoir parler librement de tout ça. Pour sensibiliser. Pour aider des personnes en quête de diagnostic. Pour faire progresser les mentalités. Pour faire comprendre que tout ça, c’est ok, tout simplement. Et pour bien, bieeeen, démonter ces clichés sympathiques qui nous entourent.

Parce que la honte, elle devrait être du côté de ceux qui nous jugent. Elle devrait peser sur les épaules de ceux qui nous blâment, de ceux qui nous disent qu’on s’écoute trop, de ceux qui prétendent qu’on est dangereux.ses, de ceux qui refusent de nous employer, de ceux qui nous maltraitent médicalement…. Et surtout, surtout, du côté de ceux qui voudraient qu’on se taise. Oui, surtout du côté de ceux-là, parce que la véritable indécence, c’est encore de dire à quelqu’un qu’il devrait vivre sa souffrance quotidienne en fermant bien sa gueule et en remerciant le ciel qu’on daigne le laisser exister.

Parce que ce genre de discours tue. Littéralement.


La Hobbit Masquée

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