A vos regards porc-seins
- lahobbitmasquee

- 2 juil. 2019
- 7 min de lecture
Ou comment vous êtes indécents à filer la gerbe.

Samedi c’était la Pride. Avec mes potes on a sorti les couleurs, le maquillage, les tenues plus excentriques les unes que les autres et les pancartes qui hurlent pour nos libertés. Samedi c’était la Pride, et comme moi j’aime bien la convergence des luttes, j’ai fait d’une pierre deux coups : questions LGBTQ+ et féminisme en entremêlé. Samedi c’était la Pride et j’ai retiré mon t-shirt, j’ai laissé mes seins rencontrer l’air libre et j’ai tracé sur eux le message que je souhaitais qu’ils portent. Samedi c’était la Pride et j’ai rarement été aussi harcelée de ma vie.
Dans le cortège, ça allait. On me regarde un peu. On sourit. Beaucoup approuvent la démarche. Il y a quelques personnes qui ont fait comme moi. Des gens demandent à me prendre en photos. D’autres prennent la photo sans demander, sans savoir si je suis d’accord ou non. Visiblement, si j’ai dénudé mon corps, c’est que je suis consentante à le voir partout sur la toile. Quelques personnes me frôlent d’un peu trop près, ont une phrase déplacée qui leur vaut un beau doigt d’honneur. Mais leur nombre est assez réduit pour qu’en bonne « habituée » que je suis, ça ne me fasse pas grand-chose. Notez le "habituée", parce que c'est important.
Puis vient le concert, place de la République. C’est moins sympa comme ambiance. Beaucoup de personnes ne sont pas LGBTQ+. Elles sont venues là parce qu’il y a de l’alcool pour pas cher et de la musique gratuite. Elles s’en tapent de nos luttes. Tu peux le renifler à 10 kilomètres. Et moi, j’ai un frisson qui me prend dans le dos. On me colle, on me regarde, on m’accoste, on m’offre du sourire crade. D’un mec qui me reluque depuis 10 minutes, un ami me souffle « je crois qu’il est à deux doigts de se mettre à se branler là ». J’ai de la bile dans la bouche, de la rage coincée dans la gorge. Je plante mon regard dans ceux qui m’observent. J’insulte. J’envoie bouler. Je me défends.
A la fin j’ai ma gourde en métal dans la main. Je serre l’anse. Mes potes n’ont pas l’air de comprendre pourquoi je tiens à la garder à la main, même quand je danse. Mais dans ma tête c’est clair, ça hurle. Le prochain qui s’approche, le prochain qui me frôle, je lui éclate la gueule. Je lui fracasse la mâchoire. Je le bute. Je le bute ce connard. Je lui enfonce ma colère dans la chaire. J’deviens la prédatrice. Je me pends à son cou et je l’égorge vif avec mes crocs.
Et je vous voir venir vous savez. Je vous vois tellement venir avec votre « mais aussi… T’aurais pu simplement remettre ton t-shirt non ? ». Ouais. C’est si simple hein ? Pourquoi choisir le danger ? Pourquoi choisir de souffrir ? Pourquoi choisir d’en être les nerfs à vif, à vouloir défoncer des crevures humaines ? Une réponse : ma liberté. Se rhabiller, c’était abdiquer. C’était remettre mes chaînes. C’était refaire de mon corps cette prison imposée. Alors bien sûr que non je pouvais pas me rhabiller. C’était impensable. Impensable de les laisser gagner. Impensable de courber l’échine et de gentiment accepter une attitude dont je n’étais pas fautive.
Alors j’ai dansé. J’ai dansé quand même. En bondit, en explosé, en « je t’emmerde ». J’ai montré mes seins, dans toute leur gloire. Dans tout leur naturel. Mes seins. Mes deux mamelles animales qui n’existent que dans l’idée d’un jour produire du lait. Mes deux protubérances de chaire que rien ne devrait laisser honteuses. Parce qu’elles ne sont que ça : des protubérances. Sans aucune fonction sexuelle ou séductrice.
Samedi c’était la Pride et j’étais en colère. Mais dans le fond, même pas tellement contre tous ceux qui m’ont regardée comme un morceau de viande. Non j’étais en colère contre notre société, notre culture, notre connerie humaine qui fait de nous les seuls animaux au monde à s’exciter sur des mamelles simplement parce qu’on quelqu’un, un jour, c’est dit que c’était excitant et que tout le monde devrait penser comme ça. Et que, tant qu’à faire, si c’était excitant, ça donnait le droit de se comporter comme des bêtes en rut, la bave aux babines et le bassin prêt à dégainer. C’est donc ça que vous nommez « civilisation » et « société » ? J’ai honte de vous. J’ai honte pour vous.
Je n’ais pas honte de moi. Je n’ais pas honte de m’être baladée torse-nue comme l’ont fait, ce samedi, tout un tas de personnes au torse jugé assez « plat » pour que ça ne leur cause pas de problèmes. Je n’ai pas honte de rejeter ce que vous cherchez à m’imposer. Je n’ai pas honte d’avoir mon corps et je sais que je n’ais pas tort de refuser de le cacher. Je n’ai pas honte de relever l’absurdité dans laquelle vous me faites vivre.
En revanche j’ai honte de vous. Et je continuerais d’avoir honte de vous jusqu’à ce que vous compreniez que mes seins sont mon torse et qu’un torse ça se montre, que ce soit plat ou pas. Et que ce que vous jugez probablement futile, ça s’appelle la libération du corps, ça a commencé il y a des dizaines d’années, ça continue, et ça continuera. Jusqu’à que l’info se grave au marteau piqueur dans votre crâne visiblement pas si évolué que ça.
Il y a des sociétés où les femmes se baladent seins nus tout le temps, h24 et ça ne fait réagir personne. Genre vraiment personne. Dans pleins de pays du nords, c'est hyper normal d'aller dans des spas mixtes où tout le monde est à poil et personne, jamais, n'a un seul début de regard déplacé. Alors non, ne venez pas me dire que c'est moi qui débloque, moi qui en fais trop, moi qui abuse un peu à vouloir vous mettre mes boobs sous le nez. Parce que ahah. Mais non. Non non non. Je ne suis pas celle qui a un problème. Moi quand je regarde des seins, je trouve ça joli, ouais. Mais jviens pas me frotter à la personne à qui ils appartiennent en haletant. Parce que oui, c'est ce que j'ai vécu. C'est que je vis avec mes seins. Avec mes jambes en été. Avec mon cul. Avec des fois rien du tout parce que c'est l'hiver et que tout ce qu'on peut voir bordel c'est MON VISAGE. Mais est-ce que ça calme ? Non. Ahah non non non. Et je vous le dis parce que ça fait des années que c'est comme ça, tout le temps, dès que je mets le pied dehors. J'avais un pote avec moi dans la rue y a pas longtemps il était choqué, choqué de tous les regards que j'avais. Il m'a dit "ah ouais, non mais pour toi c'est permanent en fait...".
Ouais c'est permanent. Et pas que pour moi. Pour en fait toutes les personnes jugées comme étant "femmes" ici, en France, en 2019. Tout. Le. Temps. Et après ça vient ouin ouin qu'on peut plus aborder dans le rue, et qu'on est sur la défensive, et qu'on vous parle mal, et qu'on sourit pas. Tu sais ça me coûte quoi de sourire dans les transports ? Invariablement du harcèlement en plus. Alors ouais, moi qui aime bien sourire aux gens, je le fais plus. Jsuis là et je mitraille du regard. Jsuis en mode bouledogue. Je cris de tout mon être que si tu t'approche, mais ahah si tu t'approches je t'exploses et j'en serais même pas désolée. Ouais tu prendras pour d'autres. Ouais, j'avoue. Mais on appelle ça l'accumulation. On appelle ça le ras le bol. On appelle ça les nerfs à vif d'une personne qui voudrais juste qu'on la laisse danser tranquille.
Parce que ouais, samedi j'avais les seins à l'air. Et je le rappelle, toutes les personnes à torse plat du coin avaient viré leur t-shirt et j'en ais pas vue une seule se faire emmerder. Et pourtant un torse plat c'est sexy. Ouais moi des fois ça m'excite. Ouais moi des fois je fois quelqu'un sans t-shirt et je me dis que c'est agréable à regarder. Et pourtant je fais rien. Parce que ça s'appelle le respect, la décence, la considération pour l'autre en tant qu'être humain et non en tant que morceau de viande.
Et vraiment, même si allez, vous en avez rien à péter des autres, admettons. Jvais être gentille. MÊME, vous avez vraiment envie d'être ça ? Vous avez vraiment tellement peu de respect pour vous-même que ça vous vas d'avoir moins de savoir vivre que des chiens ? Etre des sous-merdes ça vous convient ? Vraiment je demande, parce que personnellement j'ai un peu trop d'amour propre pour avoir envie d'être perçue comme une bonne grosse raclure de fond de déchetterie. Donc expliquez-moi, j'écoutes, zéro soucis. Expliquez-moi comment on est ok avec soi quand on en est à se toucher ouvertement devant quelqu'un, en public, sous les yeux de tout le monde, parce que cette personne a des boobs et qu'ils ne sont pas cachés. C'est quoi exactement ? Une non-conscience complète de vous-même et de l'image que vous renvoyez ? L'impression que c'est socialement acceptable ? Ou alors maybe vous vous prenez vous Casper et être persuadées que personne ne vous capte ? Si c'est ça, ahah mais c'est tellement, tellement raté.
Alors je vais vous dire, pour moi les bikinis c'est terminé. Au lac, à la plage, au parc, ce sera topless. Si je joue au foot en famille ? Ce sera topless. En fait dans n'importe quel endroit où un mec a le droit de virer son t-shirt, je virerais le mien. Et je serais à zéro pourcent désolée. Et clairement que ça va bien m'attirer des emmerdes mais si vous saviez comme je m'en tape bien salement. Si vous saviez comme ça va pas m'empêcher de faire ce que j'ai le droit de faire.
Et si vous saviez comme le premier qui l'ouvrira va prendre bien cher.
Absolument pas cordialement,
La Hobbit masquée




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