Pensées en vrac de mauvais jours #2
- lahobbitmasquee

- 20 févr. 2019
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 févr. 2019
Ou quand ça soupire dans la cage thoracique.

(Publié pour la première fois en Février 2016)
Souvent, trop souvent, il y a la nausée. Ce regard posé sur le monde là dehors. Je le sens grisâtre. Je m'y sens inadaptée. Bien sûr on dira que grandir peut faire peur. Mais est-ce de la peur que cette crispation totale de l'être, ce rejet tordu qui me donne envie de m'enfuir aussi loin que possible ? La marche du monde actuelle ne ressemble à rien de mes rêves. J'aime le vert, le libéré, l'inachevé, le devenir, le doux, le chaud, le vent, le rire d'une soirée sous les étoiles et l'infinité du ciel au bout des doigts. Assise au milieu de la capitale, j'observe ceux qui engouffrés dans leurs costumes passent de station en station, ne s'arrêtent plus pour regarder la femme assise dans son manteau usé et ne retirent pas leurs écouteurs pour prêter un temps d'oreille à l'homme qui joue un air d'espoir. J'essaye de comprendre pourquoi ça fait si mal à l'intérieur. Cette impression d'avoir à se résigner. Etre « raisonnable », rangée, cadrée... Bien sûr en un sens ce serait plus rassurant, plus simple. Mais tellement étouffant, irrespirable. Parfois l'écho de paroles reviennent : « Mais tu vas faire quoi avec tes rêves hein ? Tu feras quoi dans 20 ans quand t'auras rien, pas de fric, pas de stabilité, pas de rolex au poignet ? ». Je me souviens d'avoir voulu pleurer sur le coup. C'est pas si simple. Bien sûr ça va être le bordel, la débrouille. Du mal rangé à la pelle. Mais si je choisis autre chose, je meurs. Je meurs de l'intérieur, je cesse d'être moi pour devenir une vague copie de ce qu'on aura voulu pour moi. C'est peut être ça qui fait si peur : dire adieu aux exigences des autres, tracer sa propre route sur des feuilles blanches sans plans préalables. Aller ailleurs, sans savoir où. Mais pour vivre, vivre comme on conçoit la vie. Au sommet d'une montagne azurée, dans la mélancolie d'un cri de guitare, dans les cheveux emmêlés par la brise. Dans le voyage chaotique de la découverte. Si je ne dois vivre qu'une vie, je souhaite qu'elle soit faite d'écriture sur des pays inconnus. Ou alors qu'elle ne soit pas.
_____
J'ai cette rage de vivre qui tord mes entrailles à chaque instant. Quelque chose de plus vieux que moi, de plus fort, de plus vrai. Un spasme venu d'hier à travers les siècles. Sans lui, je me serais sûrement adonné à la mort depuis longtemps. J'aurais pleuré les guerres, pleuré la maladie, laissé le monde m'éreinter, me blesser, me désespérer, me désosser puis m'engloutir dans ses miasme de détritus. Bien sûr, ça me déchire cette douleur insoutenable. Quand une part voudrait fermer les yeux et que les entrailles tressautent, refusent, puisent dans les dernières forces pour mener au pas qui suit. Et au pas d'après.
____
Tu t'allonges la tête dans ton épuisement. C'est passé vite, c'était plein de gens. Tu as rit, sourit. Aimé. La tête sur l'oreiller, c'est le vide qui te frappe. Pas que tu sois seule, pourtant. Il y a du monde qui rêve sous toi et ailleurs dans l'appartement. Mais quelque chose te dérange. Tu voudrais tendre la main et sentir sous tes doigts la peau chaude d'une personne aimée. Jamais, au par avant, ta solitude ne t'avait dérangé. Soudainement, elle te revient en pleine tête sans que tu ne saches ni pourquoi, ni comment. Tu n'as plus ni envie de laisser venir, ni envie de faire avec ou sans. Tu veux, tout de suite. Etre cette lumière dans le regard d'un autre. Etre ce corps enlacé, pressé, caressé, rassuré... Insidieusement, tu demandes pourquoi ce n'est pas toi, jamais. Dans le fond tu sais que si, ça a été toi, parfois. Mais pas quand tu étais prête. Et maintenant que tu l'es, tu tournes en rond comme un fauve dans ton matelas trop grand pour toi. Fantasmer la relation te surprend autant que ça t'agace. Mais jamais plus que de savoir que ce besoin n'est que le reflet de ton actuelle fragilité interne.
____
Je me réveille le dos en vrac et la lassitude dans chaque milligramme de muscle. La surprise est de constater que ça tien presque du supportable. Presque. Un minuscule presque aux rondeurs d'espoir. Bonheur que d'avoir pu rire et que le prix ce soit amoindri. Et en même temps, sous le bonheur, court une peur sourde. Dans le regard des autres, j'ai vu la joie de me voir ainsi. Bien sûr ça leur fait plaisir mais.. Ne vont-ils pas croire que c'est terminé ? Que parce que j'ai dansé, je peux à nouveau voler au jour le jour ? N'y aura-t-il pas le murmure que je ne fais aucun effort, que je cinématise ? Oui, ça fait peur. Parce qu'aller mieux ne veut pas dire s'être retrouvé. Et que si on me lâche maintenant, en plein milieu de cet envol précaire, je vais m'écrouler c'est sûr.
Je me réveille, le dos en vrac et la lassitude dans chaque milligramme de muscle. Hier c'était bien, c'était un instant de bonheur dans le brouillard. Une échappée de soleil. Mais il y a encore toutes ces choses que je ne sais pas comment je vais faire. Il y a toutes ces choses qui sont si grosses... Du bout des doigt, j'effleure les mains tendus. J'ai envie de demander : « ne lâchez pas encore, pas tout de suite... ». Mais dans la douleur amoindrie de mes muscles, j’ose enfin songer que peut être le bout n'est plus si loin.
La Hobbit Masquée




Commentaires