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Les Femmes à poils

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 20 févr. 2019
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 mars 2019

Alors non, pas les femmes à poils comme vous le pensez. Pour les filles toutes nues, c'est Ici, nous allons parler de femmes poilues. De poils quoi. Et de la dictature qu'ils nous imposent. 



(Article publié pour la première fois en Aout 2015)


Les hommes et les femmes ont sensiblement des poils aux mêmes endroits. Sur la tête (communément appelés cheveux), sur les jambes, sous les jambes, sous les bras, sur le torse et sur le ventre. Si, les deux derniers valent aussi pour les femmes. Comme la moustache d'ailleurs. Bref, pilositairement parlant, on est à peu près tous logés à la même enseigne. Mais quand il s'agit de savoir ce que nous allons faire de tous ces poils, l'inégalité pointe aussitôt le bout de son nez.

Alors que pour l'homme, l'arrivée des poils est une preuve de sa virilité et de sa condition de maturité, l'arrivée de ceux des femmes signifie le début d'une longue perte de temps. La femme ne fait pas ce qu'elle veut de ses poils : d'une manière ou d'une autre, la société ne doit jamais la surprendre en flagrant délit de pilosité. A partir de ce moment, il faut choisir. Ce sera l'épilation pour celles qui préfèrent avoir une grosse perte de temps une bonne fois pour toute. Le rasoir pour les autres. En fonction de ses moyens, on fait ça comme on peut ou avec une esthéticienne. En tout cas, on est tout le temps forcé d'y penser sachant que ces petits trucs repoussent toujours et forcément jamais en même temps (Ok, sauf si on a l'argent pour faire disparaître le tout au laser une bonne fois pour toute).

Le poil dicte à la femme un nombre de trucs incroyables. En plus de lui faire perdre son temps, il la pousse également à s'habiller et à se comporter en fonction de lui. Si si, on l'a toutes fait : mettre un jean alors qu'il fait 30 degré dehors simplement parce nos jambes ne sont pas présentables, se baigner en paréo parce que le maillot n'est pas impeccable, garder notre pull même si on crève de chaud parce que nos aisselles risquent de choquer la populace. Quoi qu'il en soit, il faut toujours prévoir avec trois coups d'avances. Une sortie piscine implique épilation avant et ne parlons même pas d'une hypothétique partie de jambes en l'air le weekend prochain. Il n'est qu'un type de femmes qui connaissent un répit avec leurs poils : les célibataires en hiver (Note de ma correctrice : et celles qui ont réussis à surmonter le collège en ne les retirant jamais parce qu'on les remarque à peine)

Si vous voulez voir à quoi ressemble réellement une femme, ce sont elles qu'il faut déshabiller. Elles ont les aisselles en bordel, la forêt vierge entre les cuisses et un charment duvet pour tenir chaud à leurs jambes. Parce que oui, une femme c'est ça. Alors pourquoi devons-nous subir toutes ces tortures ? Pourquoi cette guerre du poil ? Des poils qui en priment sont la pour protéger notre peau et lui tenir chaud. Bref là pour notre bien.

On me dira pour que c'est une question d'esthétique. Peut-être de féminité. Mais sur quoi construisons-nous cette esthétique et cette féminité ? Je vous avais dit qu'un jour je vous parlerais de l'épilation intégrale. Parlons-en : ce sexe nu, dépoilé et lisse que chaque actrice porno présente, quel est-il ? Celui d'une enfant. L'épilation intégrale est infantilisante (en plus de demander une tonne de crème hydratante si on ne veut pas se retrouver avec l'entrejambe aussi douloureuse que si elle avait subi une brûlure au troisième degré). Comme le sont nos aisselles lisses et nos jambes rasées. En condamnant le poil, c'est notre maturité que l'on condamne. La femme se doit de rester aussi lisse qu'au premier jour et se devra de vivre le développement de son corps non comme une fierté mais comme une honte à camoufler.

Dans tous les cas, cette dictature du poil empêche la construction d'une identité féminine libre. Les hommes dealent avec leurs poils comme ils en ont envie. Libre à eux de raser telle ou telle partie. Mais quelle liberté pour les femmes ? Aucune. La télé, les publicités, les autres femmes elles-mêmes seront toujours là pour nous le rappeler. Et pourtant... Quel bonheur ce serait d'avoir des poils si on le souhaite. D'assumer et d'aimer notre corps de femme tel qu'il est. De décider si oui ou non nous avons, nous, envie de les garder. D'être poilues si ça nous tente ou juste parce qu'on a la flemme. Lisse parce que ça nous fait plaisir. Le maillot fait mais les aisselles parce que c'est comme ça qu'on se kiffe.

J'admire de tout mon cœur les femmes qui ont le courage de le faire. Quand je vois une amie qui lève les bras et que ses aisselles vivent leur vie j'ai envie de la serrer dans mes bras. Quand je vois ces filles du mouvement Free Your Pits qui se teignent les poils de toutes les couleurs et qui, en plus de les garder, les rendent juste super swag j'ai un véritable élan d'admiration pour elles. Souvent, je me dis que j'aimerais les imiter. Laisser pousser tout ça, me teindre le tout en bleu ou en vert... Et puis je me souviens que c'est l'été et que j'ai une sortie en ville dans deux jours. Je pense au regard des gens sur mes poils fièrement dressés, et mon rasoir sur le rebord de la baignoire finit invariablement par venir m'en protéger. Je n'ai pourtant pas pour habitude de me préoccuper de ce qu'on pense de moi… Et c'est dire si la chose est acquise dans mon éducation. 

Je ne compte plus le nombre de fois où l'on m'a dit qu'être féministe au 21ème siècle ça ne servait à rien. Eh bien si, en voilà la preuve. Au 21ème siècle, le féminisme sert à se battre pour un poil libre (entre autre).

Et vu le nombre d'heures qu'on perd dans une vie de femme à s'arracher tout ça, ce serait tout sauf une petite victoire. La Hobbit Masquée

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