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Brouillon de culture.

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 20 févr. 2019
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 févr. 2019

La culture c'est quoi ? C'est pour qui ? Sommes-nous tous légitimes ?



(Article publié pour la première fois en Aout 2015)

Cet article pourrait fort bien vous parler de Bourdieu et autres grands sociologues ayant travaillés sur la culture. Il y en a pour tous les goûts : de la culture d'une société à la culture mondialisée en passant par la culture pour les nuls. Mais pour faire bref et parce que j'ai la flemme profonde de me replonger dans mes cours de philo et de sociologie, la culture, c'est l'ensemble des expériences, des savoirs et des coutumes d'un être humain. En gros vous l'aurez compris, chacun a une culture personnalisée qu'il se forge au cours de sa longue (ou courte) vie.

Mais alors qu'est-ce que la « culture générale » ?

Ahah. La culture générale apparaît comme une somme de savoirs que toute personne se doit d'avoir pour évoluer dans la société. Dit comme ça, ça a l'air plutôt simple et cool… Mais en fait la culture générale permet de faire le tri entre entre les bons et les mauvais, les classes populaires et les classes pas populaires. La culture générale, c'est tout simplement celle promue par l'école et la haute société (bon ok là ça ressemble à du Bourdieu je vous l'accorde volontiers !).

Jusqu'à mon arrivée en classe préparatoire, je n'avais qu'une vague idée de combien cette culture pouvait être discriminante. Élevée à RFM et au Seigneur des Anneaux, je n'étais pas sans savoirs… Mais disons que la grande littérature, les musées et autres sources de cultures nobles ne m'étaient pas très proches. J'aimais lire des œuvres de fantasy, écouter des groupes de musique celtique et aller traîner au Palais de Tokyo. Curieuse par nature, je n'avais jamais dédaigné le reste... Mais ça ne faisait tout simplement pas partie de mon milieu. Et une fois arrivée dans un autre monde, j'ai découvert qu'il y avait la « bonne » culture et celle avec laquelle tu pouvais aller te rhabiller.

Vous me direz « mais oui mais la culture ça s'apprend ». Oh oui. Mais pendant que moi j'avais tout à découvrir, il y avait ceux qui avaient eu la chance d'être plongés dedans dès l'enfance. Et ça, ça ne se rattrape pas. Dans l'enfance, le cerveau est une éponge. Plus on grandit, moins on s'imprègne. Et pas seulement d’œuvres, mais aussi de codes et de façons de voir. Moyennant quoi, certaines choses s'avèrent irrattrapables et alors que tu passes ta vie sur des sites dédiés à l'art, tu parviens à te planter dans un QCM de culture générale artistique alors même qu'une petite lycéenne parisienne à côté de toi en ressort en disant « trooop facile » (bon ok j'ai eu 12... Mais c'est sans aucun doute parce que le hasard est mon pote). Bizarrement, ce sont également ceux qui ont fait les bons lycées et qui sont nés dans la bonne famille qui traversent leur classe prépa comme si c'était une petite promenade de santé. Clairement, tant mieux pour eux… Seulement les faits sont là : bien souvent ce n'est pas un écart d'intelligence qui fait la différence, mais un écart d'expérience et de culture.



Mylène, je chante tes tubes dans la salle de bain et je l'avoue enfin.

Croyez-moi, on se sent stupide quand quelqu'un vient nous parler de Renoir ou de Bach et qu'on y connaît rien. Et surtout quand on ose le dire et que l'autre te regarde comme la plus grande des incultes en mode « nooooon, pas possible, t'en as jamais entendu parler ? ». Bah non. Chez moi on n’en parlait pas. Y’avait pas France Culture branché H-24 désolée. Et franchement, ce n'est pas tant le fait qu'il existe une « bonne » culture qui m'agace que le fait que tout le reste est dénigré. Allez, essayez de placer des citations de Barjavel ou de Pierre Bottero dans une dissertation de littérature… Ils ont beau être de très bon auteurs, je vois d'ici la grosse rature rouge. Et je ne vous parle même pas d'expliquer que oui, vous, vous connaissez tous les tubes qui passent sur RFM par cœur. Pourtant c'est vrai, Noah et Balavoine font partie de mon patrimoine. De mon enfance. De ma culture. Ce sont des choses qui me sont chères parce qu'elles sont une partie de ce que je suis et même si les paroles atteignent parfois le niveau zéro, j'aime les chanter à tue-tête. Et je le tais trop souvent. En même temps dire à quelqu'un « Nooon, pas possible, t'as jamais entendu ce tube de Mylène Farmer ? » faut avouer que ça le fait beaucoup moins.

Alors certes, difficile de faire des études là-dessus. D'un autre côté, la culture populaire existe. La culture de la classe moyenne aussi. Et moi je suis un mixe de pleins de choses. Parfois, je suis triste de ne pas avoir le droit de crier cette mixité, d'en faire une richesse plutôt qu'une honte. Mon prof de littérature disait « le lecteur lambda on l'emmerde ». Et ça résume bien la mentalité des milieux scolaires et intellectuels français : ceux qui ne connaissent pas, on les emmerde. Mais qui ne connaissent pas quoi ? Mon beau-père n'a peut-être pas lu Zola mais il connaît chaque route de France par cœur, me bat à plate couture en calcul mental et est capable de bricoler à peu près n'importe quoi avec un morceau de bois et deux bouts de plastique. Il sait des choses de la vie qui échappent aux trois quarts de ceux qui nous gouvernent. Mais qui ira l'écouter, puisqu'il dit « donne-moi le » et ne lit pas le Monde ? Mon beau-père, il n'a pas LA culture générale. A ce titre, je connais plus d'une personne qui ne lui accorderait pas le moindre intérêt.

Je ne prétends pas qu'on devrait glorifier toutes ces cultures plus « pauvres ». On ne peut nier l'immense valeur des connaissances dites « classiques » que visent à nous donner l'école... Mais nous les mettons en avant tout en rejetant des arts et des textes d'une qualité immense. Du rap à l'oeuvre de Tolkien, il y a tant de choses merveilleuses qui sont mises de côté par l'enseignement. Qui sont à oublier.. Et elle est là, la source même de l'échec du système scolaire français. On nous vend l'égalité, mais finalement, on est inégaux dès le départ puisque nous sommes culturellement différents. Et cette inégalité, elle n'est jamais comblée. Jamais. A partir d'un certain niveau, le mépris ne prend même plus la peine de se camoufler. Dans un système qui se vante d'être ouvert, je n'ai rencontré que la fermeture. J'ai eu l’impression dérangeante que si l'on voulait quitter son milieu d'origine, il fallait se battre becs et ongles parce que personne ne nous tendrait la main. J'ai eu l'impression qu'il fallait choisir mais que se combiner relevait de l'impossible. Alors que j'apprenais un nouveau langage, j'ai sentis que je devais en perdre un autre.

La barrière, elle est là. Fracture au niveau scolaire… Qui n'est autre que le reflet d'une fracture au niveau de la société elle-même. Je ne m'étonne plus qu'il y ait si peu de réussite dans les Zac, qu'il y ait tant de reproduction sociale et tant de frustration dans les cités. Je suis blanche, française, athée, élevée dans une classe moyenne basse et par une mère qui m'a quand même poussée à la lecture et au travail. En gros, mes barrières à moi n'étaient pas si grandes. Et pourtant, j'ai galéré. Et pourtant j'ai senti la rupture. Alors qu'en est-il pour ceux qui se retrouvent face à des écarts de culture bien plus vastes ?


Je crois qu'il est grand temps que l'élite française cesse de péter plus haut que son cul. Je crois que si on veut vraiment que la culture générale soit la culture générale, alors TF1 devrait arrêter de nous abrutir le cerveau. Vous voulez du savoir ? De la politique bien construite ? Alors instruisez le peuple au lieu de le mépriser. Apprenez ses codes comme il s'échine à apprendre les vôtre. Reconnaissez la richesse qu'il a lui aussi à apporter. Parlez-lui avec ses mots. Sortez la culture des musées pour l'amener là où lui se trouve. Et faite rentrer la sienne à la place. Sortez des limites confortables de vos revues philosophiques et vos conférences qui ne rassemblent qu'une minuscule part de la population et prenez la place de ces idiots qui monopolisent nos écrans mais qui, eux au moins, ont compris comment toucher un maximum de monde. Et bon sang, valorisez la mixité. Valorisez ces cultures différentes qui, si elles ne sont pas savantes, forment un être humain. Je n'ai pas honte de mes origines, de mon parcours. Ils m'offrent la capacité de me fondre dans des milieux variés et de poser sur le monde un regard qui m'est propre.

Je n'ai pas honte mais je ne suis pas idiote non plus : combien sont ceux que toutes ces barrières et ce manque de dialogue arrangent bien ? Et combien ceux qui ne se rendent pas compte qu'à force de s'enfermer, de mépriser et de se reproduire ainsi, nous sommes en train de tomber dans de la consanguinité intellectuelle, culturelle et politique ?

Aujourd'hui, je voudrais dire à tous ceux qui m'ont un jour regardé de haut : je ne m'excuse plus.

J'Accuse.

La Hobbit Masquée

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