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Portrait n°7 : Samuel

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 25 juin 2019
  • 2 min de lecture

Sous le gris du monde, des flaques de joie.

par So Zozime

Sept. Samuel. Samuel est tout plissé malmené par la vie. Il est certainement moins vieux qu’il ne le parait, mais l’existence l’a fripé comme une vieille pomme triste.

Il sent le métro dans lequel il colle et décolle les affiches publicitaires. Elles arrivent lumineuses, elles repartent taguées et sales. « Un peu comme les hommes en ce monde » songe-t-il parfois. Il a appris à ne plus regarder ce qu’il placarde sur les immenses panneaux. Ces jeunes gens écumants de santé, ces produits trop chers ou mensongers, cet univers qui n’est pas celui des vraies personnes.

Samuel aime prendre sa pause sandwich (jambon-beurre, simple et efficace, c’est ce qu’il préfère) assit sur le banc d’une station choisie au hasard, là où on lui aura demandé de venir travailler. Installé là, il regarde ceux qui passe. Les pressé, les stressé, les perdus, les innocents. Sur les pages d’un carnet qu’il conserve dans sa poche il les note tous. Aucuns d’eux ne se doute que cet homme en bleu de travail graisseux qui gardera d’eux un souvenir qui dépassera la demi-seconde de regard croisé.

Samuel aime aussi faire les dessous de photomatons. Les gens les utilisent moins mais il récupère tout de même des portraits ratés. Il a vu ça dans Amélie Poulain un jour et, depuis, il colle patiemment ces visages dans un album. Le soir il leur invente des histoires. C’est plus distrayant que la télé. A la télé, il y a les même pubs qu’il colle et recolle. En pire. Il ne peut plus la regarder, elle lui donne la nausée.

Le soir, Samuel s’attarde parmi les couloirs et les sous-terrain. Il tend l’oreille. Attend. Et souvent elle vient : une mélopée, une note, qui le guide. Il trouve ainsi ceux qui vivent vraiment, qui créent des bulles de merveilles au milieu du gris. On imagine pas le talent des musiciens de dessous de ville. Lui, il connait la plupart par leur nom et les salut d’un mouvement de menton.

Puis il ferme les yeux, respire profondément. Et un vrai sourire transforme ses rides fatiguées en vagues joyeuses.


La Hobbit masquée

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