Portrait n° 12 : Soledad
- lahobbitmasquee

- 22 mai 2019
- 2 min de lecture
La vie en teintes de mauve délavé.

Soledad. Soledad a la mine grise et le regard triste. Le bonheur elle en a jeté l’espoir à la poubelle, sous des restes de plats préparés industriels et les couches de son dernier né.
Elle bosse 5 jours sur 7 comme caissière à la supérette du coin. Bip.. Bip… Bip… Les articles qui passent comme les clients anonymes. Elle prend vaguement la peine de sourire quand on la salue. Petit à petit elle a commencé à faire partie de la machine. Des fois, elle croit que c’est elle qui sonne quand elle scanne un produit.
Elle reste éloignée de ses collègues, murmure à peine. Soledad elle ne parle pas beaucoup. Et puis pour dire quoi, après-tout ? Le samedi où elle travaille au black comme femme de ménage ? La moquette du salon qui sent le moisie et les cafards dans le placard de la cuisine ?
Soledad n’aime encore que deux choses : son gros chien brun qui ne la questionne pas quand elle pleure et ses enfants à qui elle voudrait pouvoir offrir tellement plus que de la télé à la pelle et des jouets pétés que la supérette ne voulait pas vendre. Pour eux, elle fredonne en espagnol à l’heure du coucher : « Luna quieres ser madre, y no encuentras querer que te haga mujer… ».
Elle espère qu’ils partiront ses mômes. Loin, loin, très loin d’ici. A des kilomètres du bitume détrempée et des immeubles défraichis. Pour chacun, elle a caché un peu d’argent sous une latte du plancher de la chambre. Pour qu’ils fassent des études ou se payent un billet d’avion.
Pour qu’ils ne terminent pas comme elle, à observer les ecchymoses sous la douche et à prétendre être tombée dans l’escalier d’une maison qui n’a pas d’étages.
La Hobbit masquée




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