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Spectres : barbouillages de couleurs

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 8 avr. 2019
  • 3 min de lecture

Créer, c'est d'abord apprendre qu'on a le droit de jouer.


Ce n'est pas simple de se dire "j'ai le droit". Si je regarde ma vie, il me semble avoir passé les 23 dernières années à apprendre que je pouvais. Et dans ce pouvoir, il y a bien sûr le pouvoir créateur. J'ai grandi entourée de personnes plus ou moins proches de ce processus. Et j'en retiens ce souvenir de ma silhouette observant avec avidité, admirant, persuadée que tout ça n'était pas pour moi. Que je n'avais pas la légitimité, le don, le je ne sais quoi qui m'autorisait à manipuler les saints objets que sont le pinceau, l'appareil photo ou le piano. Ils étaient tous là, maniés sous mon regard. Fascinants. Incroyables. Intouchables.

J'ignore d'où m'est venu cette sensation de l'interdit. Cette croyance que c'était pour d'autres et que je ne pouvais que me nourrir de leur propre énergie, assister avec humilité à leur travail. J'étais toujours flattée de pouvoir regarder S. développer ses images sur photoshop, d'offrir mon corps dénudé à ses coups de crayons, d'écouter M. chanter ou jouer et de la guitare, de participer aux courts-métrages de B comme figurante. Avoir le droit d'évoluer à leurs côtés, c'était déjà plus que ce que je n'aurais osé demander. Alors pendant longtemps, il n'y eu que l'écriture. Aucuns d'eux ne se l'était appropriée. Et de façon générale, je n'en entendais pas parler comme d'un art. Aussi avais-je le droit de la pratiquer. Et je l'ais fait, de façon compulsive, boulimique. Ecrire pour exister, pour respirer. Pour jouir. Des auteurs sont venus m'ouvrir des portes. Je ne remercierais jamais assez Georges Perec et Alain Damasio pour m'avoir ouverte la plus essentielle d'entre elle : celle de la liberté et du jeu. J'ai appris que l'écrivain.e est créateur avant tout parce qu'il n'est pas soumis aux règles des mots. Iel est libre de les saisir, de les malaxer, de s'en amuser. Iel peut jouer avec, les changer, mal les orthographier de façon consciente, faire un faute de syntaxe ou de grammaire absolument souhaitée. Si iel le souhaite, iel peut même commettre le plus grand des crimes linguistiques : iel peut inventer des mots qui n'existent dans aucune dictionnaire et n'ont de sens que dans de son langage personnel. La liberté : connaître les règles, et les connaître si bien qu'on peu s'en affranchir et les surplomber.


Et cette sensation de joie pure quand enfin on atteint ce moment où écrire est un jeu dont on établit les lois.

Ce que j'ignorais, c'est qu'il en va de même pour toutes les formes de créations. Et je l'ai ignoré longtemps. Il m'a fallu des années pour oser me saisir d'un appareil photo. J'ai d'abord regardé, encore et encore. Je lisais des articles présentant le travail de différents photographes et j'enregistrais leurs images que je collectionnais et collectionne toujours. Des photos et des photos, toutes enregistrées sur mon disque dur et que j'allais détailler avec bonheur.

Et puis il y a eu la maladie, la psychothérapie. Quelque chose à changé. Quelque chose dans mon assurance. Et quelque chose dans l'écriture. Elle n'était plus assez. Je voulais exprimer autrement. J'en avais besoin. Vitalement besoin. Et l'appareil photo était là. Tout le monde prend des photos. Alors pourquoi pas moi ? D'abord de petits essais avec un petit numérique. Puis un hybride appartenant à mon beau-père. Et un jour, la rencontre avec mon reflex. La timidité toujours présente. En fond la voix qui murmure "penses-tu avoir le droit ?". Et en réponse ce "je ne sais pas, mais je vais le prendre". J'ai découvert que je pouvais développer mes photos en shootant en raw et ainsi m'approprier leurs ombres, leurs lumières et leurs couleurs. Et m'en servir pour développer un autre langage, le mien. Et comme j'ai appris à mettre des mots les uns devant les autres, j'ai appris comment modifier un contraste, augmenter une luminosité, baisser la vibrance... Tout ça pour servir mon discours. Et puis hier, j'étais là. Je voulais développer des photos pour aujourd'hui. Des paysages pour Pérégrinations. Et soudainement, c'est venu. Je n'ais plus cherché à suivre les règles. Je me suis dit "je fais ce que je veux". J'ai supprimé des couleurs. J'en ais augmenté d'autres. J'ai poussé la luminosité à déformer l'image. Et je ne cherchais rien, et je n'étais pas dans l'esthétique. J'étais dans le jeu. Spectres ne marque pas la fin d'un apprentissage. On arrête jamais d'apprendre. Mais il est le fruit de cet instant sublime où j'ai découvert ma liberté dans la photographie comme je l'avais découverte dans l'écriture. Il marque un moment de joie au delà des mots. Il illustre ce moment où j'ai cessé d'avoir peur.


Toutes les images de Spectres sont à retrouver Ici. N'oubliez jamais que vous avez le droit d'essayer.


La Hobbit Masquée

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