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Nymphe : mon corps en liberté

  • Photo du rédacteur: lahobbitmasquee
    lahobbitmasquee
  • 14 mars 2019
  • 2 min de lecture

La photographie en thérapeutique de l'acceptation de soi.

J'avais 15 ans. Je pesais 42 kilos. Chaque jour était une bataille avec mon miroir. Je me dressais nue devant lui. D'abord de face. Puis de profil. Les deux. Et enfin le dos. Je regardais mon ventre. Mes cuisses. Je revenais au profil parce qu'il fallait que je vérifie une nouvelle fois. La nausée. Je suis dégueulasse. Ou plutôt je risque de le devenir. N'est-ce pas un début d'arrondi là ? Et ici de la... De la cellulite ? Le coeur qui palpite en panique. Les larmes qui brûlent les yeux. Je ne peux pas m'arracher la peau. Je suis impuissante. Je recouvre ma silhouette de collants et de shorts taille haute. Tout ce qui peut me mouler, me compresser. M'aplatir. Je fais au mieux. Même si je me hante dans chaque glace, dans chaque vitrine que je croise. J'essaye d'être discrète, de ne pas montrer que je me détaille avec crainte dès que mon reflet me saute au visage. Ne dirait-on pas que je suis énorme malgré mon manteau ? J'avais pourtant fait attention... Tellement attention. Ce soir, c'est décidé, je ne mange que la moitié de mon assiette. Et pas de grignotage. Surtout pas de grignotage. Souriante, à la cantine je donne les trois quarts de mon repas aux garçons. Les garçons sont pratiques pour ça : ils ont toujours faim. Je secoue la tête : "non non, je n'ais pas faim". Et c'est vrai. Mon physique me coupe l'appétit.

C'était ma meilleure amie. Elle dessinait avec une facilité déconcertante et elle voulait entrer aux beaux-arts. Un jour elle m'a dit : "je dois m'entraîner avec des modèles. Est-ce que tu poserais pour moi ?". Nue. Nue évidemment. Mon corps sous ses yeux, détaillé, décrypté. J'ai dit oui. Je n'avais pas peur de son regard. Je n'avais peur que du mien. Un dessin. Puis un autre. Un jour on passe aux photos. Et chaque fois je me redécouvre. Je me perçois à travers ses yeux à elle. Et je suis... Belle ? Peut-être pas. Mais en tout cas je ne suis pas énorme. Je ne dégouline pas. En fait, je ne suis pas si mal. Vraiment pas si mal. Ce soir, c'est décidé : je mange. Je ne crois pas que l'on puisse tout à fait vaincre l'anorexie. Pas dans mon cas. Elle sera toujours là, en veilleuse. Prête à revenir quand le moral baisse. Mais aujourd'hui je le connais et je sais comment lui répondre. Mais aujourd'hui je fais 48 kilos et je me trouve jolie. Et c'est ma victoire. Ma victoire pour mon corps qui méritait mieux que d'être affamé et détesté. Je pose encore nue. Ici pour Solène Zozime. Pour ne pas oublier et me faire des piqûres de rappel régulières. Pour moi. Parce que ma nudité m'appartient. Parce qu'e je l'aime. Parce que sans rien, je me veux libre de mes jugements. Et de ceux des autres. L'album Nymphe est à retrouver ici (il est pour l'instant accessible par mot de passe que vous pouvez me demander par message. Merci d'accepter mon possible refus).

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